Belleville est un lieu d’immigration singulier où se mêlent les traces d’un patrimoine imaginaire et les signes d’un patrimoine vivant ; la force de l’identité multiple du quartier tient en grande partie à sa mémoire qui a su intégrer toutes les composantes de sa population. Ce quartier situé dans l’Est parisien continue à accueillir des populations venues d’ailleurs comme il l’a fait tout au long du XXe siècle.

A l’époque où Belleville était encore un faubourg parisien, rattaché à Paris depuis 1860, le quartier se démarque par sa dominante ouvrière, son identité populaire et par sa tradition de lutte et de résistance qu’illustrent les derniers combats des Communards.

Les premiers migrants – des Arméniens, des Grecs et des Juifs polonais principalement -développent pendant l’entre-deux-guerres l’artisanat déjà présent. L’implantation des commerces, des restaurants et des cercles culturels confère déjà à Belleville son identité de « quartier cosmopolite ». Cette population est saignée par la deuxième guerre mondiale ; les nombreux Juifs étrangers qui y résident sont les premiers frappés par les rafles. Dans l’après-guerre, les migrants, dorénavant, ne viennent plus des pays d’Europe orientale, mais d’Algérie et de Tunisie. La période maghrébine de Belleville commence avec l’arrivée importante de migrants algériens puis de leurs familles. Tous les Algériens ne sont pas des musulmans. Des Juifs algériens s’installent également dans le quartier pour les mêmes raisons dans le sillage de la décolonisation. Ils se mêlent sans se confondre avec la population séfarade, majoritairement d’origine tunisienne qui s’approprie les structures du Belleville juif de jadis. Les travailleurs africains logés dans les foyers conservent une présence discrète dans le quartier.

A partir des années 1960, la physionomie du quartier est bouleversée par des opérations de rénovation urbaine. Le dédale de ruelles composées d’immeubles insalubres et d’ateliers sur cour – paysage qui caractérise le vieux Belleville – laisse la place à des bâtiments modernes. Cette réhabilitation entraîne aussi la disparition de l’activité industrielle et artisanale de l’époque, et un changement de population ; les classes populaires partent hors de Paris pour la plupart.

Belleville accueille des populations asiatiques dès les années 60, attirées par des opportunités immobilières. En 1978, le premier restaurant chinois ouvre ses portes rue de Belleville. Au début des années 80, des réfugiés d’Asie du Sud-Est s’installent également dans le quartier.

Chacune de ces populations immigrées s’est appropriée le territoire de Belleville à sa manière, en développant des formes de sociabilité et des rencontres culturelles qui ont contribué à la construction d’une identité locale unique dans Paris. C’est parce que « Belleville appartient à tous car tous lui appartiennent ».

C’est pourquoi, parler de l’histoire de l’immigration algérienne, évoquer à travers ce parcours, montre que le patrimoine « kabyle, berbère, maghrébin ou musulman » à Belleville-Ménilmontant, dont certaines traces ne sont plus visibles aujourd’hui doit être mis en perspective de tous les syncrétismes culturels à l’œuvre sur ce territoire.